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Taylan Barman

Photo of Taylan BarmanBang! Un coup de feu retentit derrière la porte d'un appartement où habite une famille en apparence très normale. Voilà comment commence 9MM.
Que s'est-il passé précisément? Nous ne le saurons pas avant la fin. Pendant toute la durée du film, le spectateur restera dans l'incertitude à propos de l'identité de l'auteur. Le père? La mère? Le fils? Qui a abattu qui? Et pourquoi? Taylan Barman nous raconte comment ces trois personnages vont vivre cette dramatique journée. Et il nous montre certains événements à plusieurs reprises, chaque fois du point de vue d'un membre de cette famille. Les rôles principaux sont tenus par Anne Coessens (CAGES, ÉLÈVE LIBRE) et Morgan Marinne, le jeune meurtrier du FILS des frères Dardenne. L'acteur flamand Filip Peeters est également de la partie. “Ça compte d'avoir quelqu'un comme lui à côté de soi”, confie Barman.

Le cinéaste est tout aussi heureux du travail à la caméra de Renaat Lambeets. Lambeets avait signé la photo de ANY WAY THE WIND BLOWS, les premiers pas dans la réalisation de l'autre Barman, cet Anversois qui a envahi la scène mondiale avec un groupe appelé dEUS. “En Belgique, il n'y a que deux personnes qui maîtrisent la steadicam. Lambeets est l'un de ces deux-là”, assure le Barman de Bruxelles. “L'équipe était composée de Flamands, de Wallons, de Bruxellois, de Français. Ce genre de mélange est toujours une richesse pour moi. En définitive, nous exerçons tous le même métier et nous finissons par parler le langage du film.”

Autodidacte
9 MM a été lancé internationalement au Festival de São Paulo au Brésil où il était en compéition. Pas mal pour quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds dans une école de cinéma. “Je ne crois pas que genre d'institution aurait pu m'être utile. La théorie et toutes les règles que l'on y enseigne auraient refroidi mon enthousiasme. L'idée de m'inscrire dans l'une de ces écoles ne m'a jamais traversé l'esprit. Croyez-le ou non mais je ne brûlais pas du désir de pénétrer à tout prix dans l'univers du cinéma. Je n'avais pas l'ambition de devenir cinéaste, tout s'est passé très naturellement. Les portes se sont ouvertes, j'ai saisi des opportunités, j'ai rencontré les bonnes personnes au bon moment”, explique Barman. “Bien sûr, un autodidacte doit faire ses preuves, encore plus qu'un jeune réalisateur issu du circuit traditionnel. Mais en définitive, les diplômés d'une école de cinéma doivent démontrer eux aussi qu'ils sont prêts à réaliser leur grande œuvre. ”

À la conquête du public
AU-DELÀ DE GIBRALTAR, le 2e film de Taylan Barman, (2002) n'est pas passé inaperçu. Il s'agissait du premier film belge sur l'immigration conçu par des immigrés de la deuxième génération. Taylan Barman l'a réalisé avec son ami d'enfance, Mourad Boucif. Ils sont parvenus à respecter leur maigre budget en mobilisant des dizaines de copains et de voisins. Ceux qui ont participé à l'aventure ont déballé sur la table leur expérience et leurs réflexions. Et tout ce matériel a servi à alimenter l'histoire d'un jeune Marocain amoureux d'une Belge et qui a beaucoup de problèmes… Son père lui reproche de ne pas réussir à trouver de travail à la hauteur de son diplôme, son frère traîne dans la rue, sa religion interfère parfois avec ses relations.

“Le budget était minime. Ce qui ne nous a pas empêchés de travailler pour la première fois dans le cadre d'une structure professionnelle. Auparavant, nous avions l'habitude de tout faire nous-mêmes. Nous nous contentions de donner quelques indications aux comédiens. Pour AU-DELÀ DE GIBRALTAR, nous avons pu travailler avec des techniciens qui connaissent leur métier sur le bout des doigts. Du coup, nous étions dans l'obligation d'expliquer comment nous voulions nous y prendre et pourquoi. Pour Mourad et moi, c'était une chance de nous charger ensemble de la mise en scène. Quand l'un s'occupait de l'équipe technique, l'autre dirigeait les acteurs.”

“Trois copies seulement ont été tirées du film. Des dizaines d'amis et d'habitants de notre quartier ont fait du porte-à-porte en présentant des affiches du film. Ils les ont accrochées aux endroits les plus en vue, mais aussi dans les friteries, les cafés, les salons de thé, les épiceries. Le bouche-à-oreille a fonctionné de façon remarquable. AU-DELA DE GIBRALTAR a atteint les trente cinq mille spectateurs.” Un très bon résultat pour un film francophone en Belgique.

L’étape suivante
Pour Barman, 9mm représentait l'étape logique dans une longue évolution. Pour la première fois, il a posé sa caméra loin de Bruxelles. “À l'origine, l'histoire se déroulait à Bruxelles. Mais le CRRAV (le fonds audiovisuel du Nord-Pas-de-Calais) nous a promis des subsides si nous filmions dans le Nord de la France. Pour mon scénario, il me fallait simplement une grande ville. Lille pouvait très bien faire l'affaire. J'ai dû un peu chercher la localisation exacte. J'avais besoin de rues ordinaires où tout le monde cohabite, pauvres et riches. À Bruxelles, on trouve beaucoup de zones urbaines mixtes. En France, la différence est plus marquée entre les quartiers résidentiels et les ghettos.”

Filmer en dehors de Bruxelles n'est pas le seul changement. Il y a une autre évolution, encore plus importante. “Je ne l'ai pas fait délibérément, mais avec 9mm, je m'affranchis de l'étiquette de cinéaste de l'immigration, du réalisateur obsédé par les quartiers défavorisés. J'ai d'autres choses à raconter. Mes films précédents y conduisaient logiquement mais aujourd'hui, je n'ai plus envie de parler à longueur d'interviews de l'injustice dont sont victimes les immigrés ou qu'ils commettent parfois. ”

Niels Ruëll © Brussel Deze Week n° 1145 – 28/08/2008